Répondre aux questions totales : 'oui', 'non' et les autres stratégies du grec ancien


(soumis en 2020), Bulletin de la Société de Linguistique de Paris

Résumé : Cet article propose un examen des différentes manières de répondre aux questions totales en grec ancien. En s’appuyant sur le corpus de Platon, on examine en particulier le sens de ναί [naí] « oui », le fonctionnement spécifique de la négation propositionnelle dans les réponses négatives, et le système des réponses dans l’interro-négation. Une prise en compte de la diachronie permet de montrer que le sens de ναί [naí] a évolué, passant d’une particule emphatique sensible à la polarité positive à une marque d’accord interpersonnel. Il est également nécessaire de prendre en compte les expressions du type « oui, par Zeus » / « non, par Zeus » (νή [nɛ́:]/ μά [má]), qui sont des marqueurs dialogiques sensibles à la polarité et doivent être intégrés aux outils de réponse aux questions totales. Leur apparition progressive au cours de l’époque classique introduit de l’instabilité dans le système, ce dont témoigne la complexité de la collocation ναὶ μά [nai má].

Abstract : This article examines the different ways of answering polar questions in Ancient Greek. Based on the Platonic corpus, it examines in particular the meaning of ναί [naí] "yes", the specific way in which propositional negation functions in negative answers, and the system of answers in interrogation-negation. Taking into account diachrony, we show that the meaning of ναί [naí] has evolved from an emphatic particle sensitive to positive polarity to a mark of interpersonal agreement. It is also necessary to take into account expressions such as "yes, by Zeus" / "no, by Zeus" (νή [nɛ́:]/ νή [má]), which are polarity-sensitive dialogical markers and should be acknowledged among the devices used for answering total questions. Their gradual appearance during the classical period introduces instability into the system, as evidenced by the complex status of the collocation [nai má].

Remaniement de la communication présentée en juin 2019 à la Société de Linguistique de Paris