Le renouvellement des indéfinis négatifs en grec ancien : emphase en synchronie, impasse en diachronie


Remaniement de la communication présentée lors du colloque The pragmatics of grammar: from polarity to negation en mai 2015 et lors du séminaire de l'ERIAC à Rouen en mars 2019.

Cette étude porte sur un renouvellement des indéfinis négatifs du grec ancien à la fin de la période classique (1re moitié du IVe siècle). A cette époque, l'indéfini négatif οὐδείς [u:de:s] 'personne, aucun' peut se trouver sous une forme scindée, avec deux mots graphiques et fonctionnels, ce qui revient à lui redonner son sens mtotivé : οὐδὲ... εἷς [u:de ... he:s] littéralement 'pas même... un seul'. Ces formes, connues des hellénistes, sont considérées comme emphatiques, traces d'une évolution de οὐδείς [u:de:s, forme par défaut à l'époque classique, vers οὐθείς [u:the:s], forme par défaut à l'époque post-classique. Avec une étude sur corpus (Platon, Démosthène et Xénophon), on cherche à comprendre en quoi consiste l'emphase, ce qui amène à reconsidérer le chemin diachronique habituellement décrit. La recherche aboutit à deux conclusions :

1) les formes scindées ne sont pas une étape dans un cycle de Jespersen ou une spirale de Meillet qui doit déboucher sur la forme post-classique οὐθείς [u:the:s]. Il s'agit en fait d'un renouvellement qui n'a pas eu de suite, d'une impasse sur le chemin diachronique, qui s'explique précisément parce que ces formes scindées ne sont pas de simples équivalents des formes univerbées.

2) En effet, ces formes sont emphatiques, parce qu'elles font intervenir focalisation et quantification, d'une manière qui n'est pas favorable à une extension d'emploi.